Oser dire est elle la nouvelle injonction à la mode ou le signe d’autre chose ?

Dire pour éviter à l’autre de remplir ce vide

Dévoiler, raconter, déposer… vraisemblablement il faut oser dire !

ça n’arrête pas à cause et grâce aux réseaux sociaux. « Dire » est devenu ces dernières années sinon une injonction au moins une nécessité. Alors on « balance » à coup de hashtags #metoo. Et comme ça ne suffit pas, on en ajoute, parce que oui on a tous quelque chose à dire en réalité. Deux années plus tard : le #metooinceste et le #metoogay apparaissent. A quand le prochain ! Quand on y pense, il faut oser dire maintenant parce qu’on n’a pas osé dire non autrefois !

Fin de l’ère du non dit ?

Longtemps, dire fut l’apanage de certains,

Il faut dire (#jeudemots) qu’on revient de loin. En effet, nous sommes issus de la culture du « non dit ». Fut un temps où ils, les non dits, occupaient la place centrale. C’était en 1er lieu, la non parole. Il fallait garder le silence, la parole était un droit lié à son genre (une femme ne parle pas) son rang, son statut social. Certains avaient le droit de parler, de dire, et d’autres le devoir d’écouter. Ils étaient peu nombreux.

Ces non dits étaient et sont encore au coeur des entreprises. De siècle en siècle, on a vu disparaitre la méritocratie au profit de « l’élite »,des « entre soi » ou autre piston. Personne n’a rien dit et personne ne dit rien. On subit le non dit. Combien d’individus compétents viennent me voir en expliquant qu’ils voudraient un autre poste mais ne sont pas « politiques » alors ils ne peuvent y accéder. D’autres aimeraient aller dans cette entreprise mais il « faut être un animal politique sans quoi »… alors ne postulent même pas !

Ces non dits ne sont pas l’apanage des entreprises et du monde social. Ils sont aussi et surtout au coeur des familles. Quelle famille n’a pas son secret ? Ces secrets sont transmis de génération en génération. Ce sont les secrets liés aux guerres, aux violences, aux abus sexuels … Ils se transmettent d’inconscient en inconscient. Ces secrets que chacun et tout le monde sait et que personne ne prononce jamais. Ces « tu savais et tu n’as rien dit » et on entend partout : « il faut oser dire les choses » Quel doux paradoxe !

Un nouveau dire ?

Alors, on peut se demander si ce « dire » des années 2020 est simplement un dire que l’on pourrait qualifier de dénonciation.

Oser nommer

De prime abord, les hashtags ressemblaient à de la dénonciation, le terme « balancer ton porc » faisait plus que suggérer cela avouons le ! On ose dire « ce qui a eu lieu », on ose montrer du doigt le bourreau, on ose dire que tout n’était pas rose la porte fermée. On ose dire les mots : abus, viol, harcèlement sexuel, harcèlement psychologique , pervers narcissique, maltraitance… et ça c’est nouveau et c’est positif. Plus qu’un oser dire, c’est un oser nommer ! Nommer les choses est le meilleur des débuts n’est il pas ? Nommer les choses c’est rassurant, c’est une façon de les ranger, de mettre une étiquette donc de les mettre à bonne distance tout en pouvant se dire que cela a existé… pour nous et pour d’autres. Car nommer les choses, c’est aussi « appartenir à un groupe » de celles à qui c’est arrivé… on est moins seule.. un tout petit peu moins

Oser dire non

Les nommer c’est les faire exister et les faire exister c’est pouvoir les réfuter. C’est enfin oser dire non au travail et dire non à ce qu’on n’a pas envie de subir , cela va des paroles déplacées (pour lesquelles on ne dit rien ; « je ne vais pas faire une histoire » , « j’ai peut être mal compris » aux gestes inopportuns en passant par des choses bien plus graves. Les avoir nommer et dénoncer permettra d’ oser dire non avec sérénité ou presque !

Oser être

C’est vrai qu’enfin nous « nommons » c’est une façon de DIRE que cela fait partie intégrante de nous. En effet, c’est un « dire » très personnel, très intime , c’est le dire de la vulnérabilité.(mot de la semaine dernière) Nous sommes cette femme, cet homme avec une partie cassée, brisée, malmenée et sans la juger, cela permet de l’accueillir et de pouvoir accepter que cette partie fait aussi de nous ce que nous sommes, ce qu’on appelle de ce si joli mot : la résilience.

L’individu veut être reconnu dans son entièreté. Cela me fait penser à l’alignement ! j’ai besoin que mon corps, ma tête et mon corps aillent dans le même sens. C’est parce que ce besoin de dire est intime et lié à la vulnérabilité de chacun que la femme violée, l’homme baffoué , l’homme dénigré ne peuvent plus simplement être représenté. Chacun veut dire son histoire, chacun a besoin de « dire » sa propre souffrance. On en a fait des livres, des films mais aujourd’hui ça ne suffit pas , ça ne suffit plus car chacun a besoin de « dire » ; être représenté ne lui suffit plus.

Dire c’est avoir une intention

Dire c’est être ! ce qui bien entendu ne justifie pas de tout dire. Rappelons nous la bible sur le sujet : les 4 accords Toltèques.

oser dire ce que l'on pense
Fais toujours de ton mieux devrait être notre leitmotiv quotidien

Même si Dire c’est oser dire ce que l’on pense, il convient de TOUJOURS se demander quelle est mon intention ? (l‘intention n’est pas un objectif, elle n’a pas de finalité, elle est liée au présent et est le reflet de son état interne) Vous verrez, vous n’avez pas envie de blesser, de vous plaindre, de dire pour dire. Non le plus souvent, vous souhaitez simplement être vu. Ce qui vous anime alors est un désir de changement, un besoin de comprendre. Et c’est ainsi qu’il faut l’exprimer, toujours à la 1ère personne du singulier (N’oubliez pas que le « tu » tue)

L’ère de la réconciliation

Nous sommes entrés dans l’ère de la réconciliation. Cela signifie que nous avons envie chacun d’être nous mêmes. Nous désirons accéder à toutes nos facettes et être apprécié avec notre ombre et notre lumière. Nous sommes des être unique et devons être aimé dans cette unicité et enfin oser être ce que nous sommes plutôt que ce que les autres et la société voudraient que nous soyons.

En d’autres termes arrêtons avec cette scission vie perso/vie pro. Nous sommes des êtes avec des talents, des valeurs et une mission à vivre sur cette terre. De plus en plus, sans doute allons nous dire ce qui nous convient et ce qui nous convient pas. Nous ne voulons plus simplement avoir et faire des choses. Nous voulons être et être c’est dire !